Pourquoi l'Europe se réchauffe-t-elle plus vite que le reste du monde ? - 3

Cette semaine, la Grande-Bretagne, la France, l’Italie et l’Espagne ont déclenché des alertes rouges et émis des avis sanitaires sur une grande partie de leur territoire, alors que la région subit sa deuxième vague de chaleur depuis mai.

Voici pourquoi l’Europe se réchauffe plus rapidement qu’ailleurs :


Une température plus élevée

La planète dans son ensemble est environ 1,4 °C plus chaude qu’à l’époque préindustrielle, définie comme la période 1850-1900.

À titre de comparaison, l’Europe affiche une température supérieure d’environ 2,4 °C à celle de l’ère préindustrielle, selon le service Copernicus sur le changement climatique de l’UE.

La hausse à long terme des températures moyennes mondiales est principalement due aux émissions de gaz à effet de serre issues de la combustion du pétrole, du gaz et du charbon, mais elle varie selon les régions en raison d’une combinaison de facteurs.

Les terres se réchauffent plus rapidement que les océans, car l’eau peut absorber davantage de chaleur et se refroidir par évaporation.

Évolution des conditions météorologiques

Selon Copernicus, les changements dans la circulation atmosphérique ont entraîné des vagues de chaleur plus fréquentes et plus intenses pendant l’été européen.

Les systèmes de haute pression, qui apportent un temps stable et des températures plus élevées, sont devenus plus fréquents en Europe, a déclaré Carlo Buontempo, directeur de Copernicus.

« Si l’on examine les 20 ou 30 dernières années, on constate une prédominance, notamment en été, de ce type de conditions anticycloniques qui favorisent l’apparition de vagues de chaleur », a déclaré M. Buontempo à l’AFP.

La question de savoir si la fréquence accrue de ce type spécifique de système de haute pression est due au changement climatique ou s’il s’agit simplement d’une « fluctuation statistique » fait encore l’objet d’un débat scientifique, a-t-il ajouté.

La vague de chaleur qui a frappé l’Europe en mai était due à un « dôme de chaleur », un vaste système de haute pression qui stagne au-dessus d’une région et agit comme un couvercle emprisonnant l’air chaud.

La vague de chaleur de cette semaine est due à une configuration « oméga », dont le nom vient de sa forme semblable à la lettre grecque.

Cet immense front d’air chaud en provenance d’Afrique du Nord est similaire à un dôme de chaleur, mais « plus dynamique », a déclaré à l’AFP Sébastien Leas, prévisionniste au service météorologique français Météo-France.

« Nous avons un front froid situé au large des côtes portugaises qui agit comme une pompe à chaleur, aspirant l’air chaud… en altitude, les systèmes de haute pression exercent une pression sur cette masse d’air chaud, et lorsque l’on comprime une masse d’air chaud, on la rend en réalité encore plus chaude », a-t-il expliqué.

Réchauffement rapide de l’Arctique

Une autre raison majeure est la géographie, car l’Europe est reliée à l’Arctique, où la température est supérieure de 3,2 °C à celle de l’ère préindustrielle.

La hausse des températures dans cette région est en partie due à un processus appelé « rétroaction de l’albédo ».

La neige et la glace, de couleur claire, renvoient une grande partie de la chaleur solaire vers l’espace, mais en fondant, elles laissent apparaître des surfaces plus sombres qui absorbent la chaleur, telles que la terre et l’océan.

Dans d’autres régions d’Europe, les zones où la neige était très fréquente en hiver ont vu cette couverture diminuer, exposant ainsi des terres sombres.

Baisse de la pollution atmosphérique

Des réglementations plus strictes en matière de qualité de l’air ont permis de réduire les émissions d’aérosols depuis les années 1980.

Mais la lutte contre ce polluant a eu pour effet secondaire de contribuer au réchauffement climatique, car ces minuscules particules en suspension dans l’air ont un effet refroidissant en réfléchissant la lumière du soleil et en augmentant la réflectivité des nuages.

À des degrés divers

Le rythme des changements de température varie d’une région à l’autre en Europe.

Selon Copernicus, l’Europe de l’Est et du Sud-Est, ainsi que certaines régions d’Europe centrale, notamment les Alpes, se sont réchauffées de 0,5 °C à 1 °C par décennie au cours des 30 dernières années.

L’Europe occidentale et du sud-ouest, ainsi que la Finlande, la Norvège et la Suède (régions subarctiques), ont connu un réchauffement de 0,2 °C à 0,5 °C par décennie.

Le Svalbard, un archipel norvégien de l’Arctique qui abrite des ours polaires, a connu un réchauffement de 1,5 °C à 2 °C par décennie.

Comptant parmi les régions de la Terre qui se réchauffent le plus rapidement, le Svalbard a enregistré des températures estivales record entre 2022 et 2024. L’année dernière, il a connu son quatrième été le plus chaud jamais enregistré.