Haaland signe un nouveau doublé alors que la Norvège bat le Sénégal et se qualifie pour les 32es de finale de la Coupe du monde | Coupe du monde 2026 - 3

Au coup de sifflet final dans le New Jersey, les joueurs norvégiens se sont effondrés sur la pelouse détrempée par la pluie, se sont bousculés les uns les autres dans une étreinte de joie sincère et passionnée, puis se sont rassemblés pour s’asseoir en formation serrée devant leurs supporters, tels des écoliers dans une salle de réunion particulièrement exiguë.

Un peu à l’écart, Martin Ødegaard s’est mis à battre sur un tambour prévu pour l’occasion, tandis que les joueurs et le staff, en chœur avec leurs supporters, ont entonné le chant « hu » à la manière des rameurs vikings et des Islandais, une chorale que les Norvégiens ont répétée tout au long du tournoi.

Ce fut un moment magnifique, que vous avez sans doute déjà vu sur les réseaux sociaux, et une célébration sincèrement chaleureuse de la victoire 3-2 de la Norvège face au Sénégal, qui lui permet désormais de se qualifier pour les huitièmes de finale pour la première fois depuis France 1998.

La Norvège n’a jamais vraiment été un outsider de cette Coupe du monde. Elle a toujours été une équipe à part entière, talentueuse et dotée d’un effectif solide qui, comme on nous le rappelle sans cesse, ne se résume pas à Erling Haaland. Mais qui, avouons-le, repose aussi en grande partie sur Erling Haaland, ne serait-ce que parce qu’il est franchement un phénomène sous le maillot norvégien.

La Norvège a démarré lentement avant de prendre le dessus sur un Sénégal décevant en marquant trois buts en 15 minutes de part et d’autre de la mi-temps. Si la contribution de Haaland a pu surprendre, c’est qu’il n’en a marqué que deux, portant son total à quatre pour cette Coupe du monde, 59 en 52 sélections et 16 lors de ses huit derniers matchs avec la Norvège. Ce sont tout simplement des chiffres absurdes, tellement démesurés qu’on dirait une erreur d’impression. À quoi avons-nous exactement affaire ici ? La seule chose comparable à Haaland et à la Norvège en ce moment, c’est Haaland et la Norvège.

La Norvège occupe désormais la tête du groupe I aux côtés de la France, toutes deux à six points. Le Sénégal et l’Irak en ont zéro, leur seule contribution étant d’illustrer l’absurdité du format. Après deux défaites et six buts encaissés, le Sénégal devrait vraiment rentrer chez lui, sans se demander qui il pourrait encore affronter au tour suivant (y compris l’Angleterre).

Erling Haaland et ses coéquipiers norvégiens rejoignent leurs supporters pour leur célèbre célébration « à la viking » après le match. Photo : Patrick Smith/Fifa/Getty Images

Kalidou Koulibaly, en particulier, a vécu un véritable cauchemar lors de ce match, étant impliqué dans les trois buts norvégiens à la suite d’une série d’erreurs spectaculaires et indéniables.

Dès le début, on avait l’impression que ce match se jouait sur le pont d’un méga-pétrolier en mer du Nord, avec un ciel sombre et orageux au-dessus de la coque d’acier du New York New Jersey Stadium, et la vague crainte qu’à tout moment, une énorme vague salée ne déferle sur l’une des extrémités du terrain et n’emporte le match par-dessus bord.

Le New Jersey avait été trempé par une pluie incessante tout l’après-midi, l’un de ces jours où le ciel semble tout simplement descendre pour envelopper le monde d’un épais brouillard gris. Il faisait également frais, ce qui contrastait fortement avec la chaleur des derniers jours.

C’est ici que se déroulera la finale le mois prochain, devançant d’autres stades ultramodernes situés ailleurs. C’est une immense structure austère et clinquante, qui s’élève du tarmac tel un enjoliveur extraterrestre abandonné. À l’intérieur, l’ambiance rappelle celle du Colisée, avec trois rangées de tribunes ouvertes et un anneau de grands haut-parleurs noirs enroulés et menaçants au-dessus des têtes, tels des chauves-souris vampires géantes endormies.

La Norvège jouait en noir, le Sénégal en blanc. Et la Norvège a mis la pression dès le début, obtenant une série de corners et plaçant ses joueurs les plus grands au fond de la surface, à la manière d’Arsenal. Défendre un corner contre la Norvège : ça n’a vraiment pas l’air très amusant. Kristoffer Ajer a pourtant manqué de peu de marquer sur le quatrième d’entre eux, en reprenant de la tête face à Édouard Mendy à trois yards du but.

Erling Haaland

Le Sénégal a exercé une pression sur le côté droit pendant un moment, mais sans véritable précision. Nicolas Jackson était vif, mobile et souvent hors-jeu. Autrement dit, Nicolas Jackson était Nicolas Jackson.

Julian Ryerson a quitté le terrain en boitant à la 12e minute, apparemment victime d’une blessure musculaire, et a été remplacé au poste d’arrière droit par Marcus Holmgren Pedersen, qui s’est immédiatement élancé sur l’aile avant de centrer joliment en retrait pour Ødegaard, dont la frappe est passée au-dessus.

Pour le reste, ce fut un match décousu et de faible qualité durant ce premier quart-temps d’avant-hydratation, le « Hydro Quart One », ou quel que soit le nom qu’on lui donne. À la 36e minute, la Norvège s’est créé la meilleure occasion du match jusqu’alors : Antonio Nusa a adressé un centre en diagonale à Haaland, qui a astucieusement remis le ballon de la tête à Ødegaard, dont la volée a été bien repoussée par les jambes de Mendy.

À l’approche de la mi-temps, la Norvège semblait prendre conscience qu’elle affrontait des adversaires qui paraissaient déstabilisés par l’instant présent. Le premier but est né de deux erreurs sénégalaises, combinées à une finition incisive. Tout d’abord, Koulibaly a tout simplement perdu le ballon sans aucune pression face à Pedersen, près de l’entrée de la surface sénégalaise. Ce dernier s’est décalé vers l’extérieur et a marqué d’un tir assez correct que Mendy aurait vraiment dû arrêter.

Haaland aurait dû doubler la mise dans le temps additionnel, Mendy s’étant cette fois-ci fait prendre en flagrant délit de mauvaise possession. Son tir en pivot du pied droit a heurté le poteau. Mais Haaland était voué à marquer dans ces conditions, face à un défenseur central sujet aux erreurs et à un gardien qui semblait soudainement perdre ses repères.

Ismaïla Sarr encourage ses coéquipiers sénégalais après son but en fin de match. Photo : Eurasia Sport Images/Getty Images

Le but est survenu trois minutes après le début de la seconde mi-temps, et c’était le but de rêve de la Norvège, celui que l’on imagine dans ses fantasmes les plus fous d’un but norvégien. Ødegaard a porté le ballon vers l’avant, a attendu juste assez longtemps, puis a glissé une passe parfaitement dosée dans l’espace entre deux défenseurs pour servir la course de Haaland, une passe si précise qu’elle a poussé Koulibaly à se jeter sur la pelouse. La finition de Haaland du pied gauche a été instantanée et impitoyable, le ballon s’enfonçant avec force dans la lucarne opposée, l’exemple le plus parfait de son art de bourreau.

Le Sénégal s’est ressaisi et a réduit le score à la 53e minute grâce à une combinaison rapide : Sadio Mané a glissé le ballon dans la course d’Ismaïla Sarr, qui a repoussé un défenseur et, en pleine extension, a battu Ørjan Håskjold Nyland d’un tir à ras de terre.

Mais à la 58e minute, Haaland a inscrit son deuxième but, à nouveau sur une terrible erreur de Koulibaly, qui n’a pas pu réagir assez vite pour empêcher le ballon d’atteindre ses propres filets. Patrick Berg a centré en retrait et Haaland a très bien conclu, d’une volée du pied droit, en sautant légèrement et en plaçant le ballon juste sous la barre.

Le Sénégal a mis la pression en fin de match et a réduit l’écart grâce à un but tardif de Sarr. Mais leur prestation confuse et timide lors de ce match n’a jamais été à la hauteur de la confiance dont cette équipe faisait preuve avant le tournoi. Il y a quelques semaines, le sélectionneur du Sénégal, Pape Thiaw, avait déclaré qu’il préférerait démissionner plutôt que de renoncer à sa conviction que le Sénégal pouvait réellement remporter cette Coupe du monde. Eh bien, il est toujours en poste pour l’instant. Une victoire finale contre l’Irak pourrait encore permettre au Sénégal de se qualifier.

Thiaw a également déclaré qu’il considérait la Norvège comme la meilleure équipe européenne du moment, et celle-ci a effectivement fait bonne figure par moments, se montrant non seulement solide, mais aussi très inventive et rapide en attaque. La Norvège bénéficie d’un excellent soutien. Elle n’a pas le poids des attentes à porter. Et surtout, elle peut compter sur l’appétit de but dévorant de Haaland. Ce ne sont donc que des outsiders. Mais ils ne sont pas loin derrière les favoris dans une Coupe du monde exceptionnellement ouverte.