
Il n’y a aucun signe extérieur d’inquiétude, du moins pas encore : les habitants de Svalbard mènent leur vie quotidienne normalement, malgré les spéculations selon lesquelles cet archipel norvégien pourrait être le prochain territoire arctique convoité par les États-Unis ou la Russie.
« Aujourd’hui le Groenland, demain le Svalbard ? », Terje Aunevik, maire de Longyearbyen, la principale ville du Svalbard, dit avoir entendu cette question à maintes reprises.
Les ambitions expansionnistes du président américain Donald Trump ont braqué les projecteurs mondiaux sur l’Arctique, où les enjeux géostratégiques et financiers ne cessent de croître.
« L’Arctique n’est plus un coin tranquille sur la carte », a déclaré la chef de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, lors d’une conférence à Tromsø, dans le nord de la Norvège, début février. « C’est la ligne de front de la compétition mondiale pour le pouvoir. »
Longyearbyen est un endroit inhabituel. Ancienne communauté minière devenue destination touristique et pôle universitaire, elle se trouve dans la région qui se réchauffe le plus rapidement de la planète.
Longyearbyen, l’une des villes les plus septentrionales du monde, située à mi-chemin entre la Norvège continentale et le pôle Nord, compte 2 500 habitants.
Elle est plongée dans l’obscurité pendant quatre mois en hiver, puis baignée de lumière 24 heures sur 24 en été.
S’aventurer en dehors de la ville implique de porter un fusil obligatoire en cas de rencontre avec des ours polaires.
Importance stratégique
Certains observateurs politiques ont suggéré que la volonté de Trump de contrôler l’Arctique pourrait s’étendre au-delà du Groenland jusqu’au Svalbard, ou que la Russie pourrait vouloir rivaliser avec son appétit et s’emparer de l’archipel.
Outre les richesses que l’on pense trouver sous ses fonds marins, le Svalbard, deux fois plus grand que la Belgique, est stratégiquement situé, contrôlant la partie nord de ce que l’on appelle le « Bear Gap ».
Ce terme militaire désigne la zone maritime où la mer de Barents rencontre la mer de Norvège. C’est cette zone que les sous-marins lance-missiles de la flotte russe du Nord, basés dans la péninsule de Kola, doivent traverser pour disparaître dans les eaux profondes de l’Atlantique.
« L’importance stratégique du Svalbard ne réside pas nécessairement dans l’île elle-même, mais dans les eaux qui l’entourent », a déclaré à l’AFP Barbara Kunz, directrice du programme de sécurité européenne à l’institut de recherche sur la paix de Stockholm SIPRI.
« La Russie veut protéger sa force de dissuasion nucléaire et s’assurer que personne ne puisse s’approcher de sa côte nord », tandis que les États-Unis « voudraient empêcher » les sous-marins russes d’accéder à l’Atlantique, a-t-elle ajouté.
Les habitants de Longyearbyen, originaires d’une cinquantaine de pays, restent calmes malgré les spéculations.
« Nous parlons peut-être un peu plus de ce qui se passe au Groenland, avec Trump et tout le reste, mais en même temps, je ne pense pas que nous soyons plus inquiets que d’habitude », a déclaré Charlotte Bakke-Mathiesen, employée de magasin, à l’AFP.
« Nous vivons simplement dans notre bulle. »
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Traité du Svalbard
Dans son bureau, où la chaîne de maire est exposée à côté d’un fémur d’ours polaire, Terje Aunevik partage ce sentiment.
« La situation est ce qu’elle est, mais je ne la perçois pas comme une menace », a-t-il déclaré.
« Je suis convaincu que nos alliés et nos voisins s’accommodent très bien de la souveraineté de la Norvège sur cette île. »
Par « voisins », il entend les quelque 350 Russes et Ukrainiens russophones qui vivent dans la ville de Barentsburg, à Svalbard, à environ 40 kilomètres à vol d’oiseau.
Il est difficile de croire que Barentsburg, une petite communauté minière sous contrôle russe depuis près d’un siècle, soit située sur le territoire de l’OTAN : un buste de Lénine trône au centre de la ville, où tous les panneaux sont écrits en cyrillique.
Un traité signé en 1920 reconnaît la souveraineté « pleine et absolue » de la Norvège sur le Svalbard, mais il accorde également aux citoyens des quelque 50 puissances signataires, dont la Chine, la Russie et les États-Unis, des droits égaux pour exploiter ses ressources.
Depuis l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014, la Norvège a tenté de renforcer son contrôle sur le Svalbard, par exemple en bloquant la vente de terres à des étrangers et en réduisant considérablement les droits de vote.
Moscou a fait valoir qu’Oslo ne respectait pas le traité du Svalbard et a multiplié les provocations ces dernières années.
Elle a organisé un défilé quasi militaire à Barentsburg pour célébrer la victoire de la Russie sur l’Allemagne nazie et a érigé une croix orthodoxe géante non autorisée à Pyramiden, une autre petite communauté russe.
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« Tout peut arriver »
« Les Russes ont actuellement d’autres priorités plus stratégiques et ne sont pas intéressés par une escalade au-delà des actions hybrides qu’ils mènent depuis longtemps », a déclaré Mikaa Blugeon-Mered, chercheur en géopolitique polaire, lorsqu’on lui a demandé s’il pensait que la Russie pourrait tenter de prendre le contrôle du territoire.
« Pour la Norvège, les États-Unis sont aujourd’hui une préoccupation beaucoup plus importante en ce qui concerne le Svalbard, car ils sont plus susceptibles de mener une opération qui pourrait déstabiliser l’équilibre précaire du territoire », a-t-il déclaré.
« Avec l’administration Trump actuelle, tout peut arriver. »
Pendant longtemps, les experts ont parlé de « l’exception arctique » : le concept selon lequel la région avait son propre ensemble de règles de coopération tacites, une zone de paix à l’abri des rivalités géopolitiques.
Mais aujourd’hui, selon Barbara Kunz, « l’ère du Grand Nord et de la faible tension est révolue ».
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Passionnée par la culture nordique, par la nature, par l’écriture, voici que j’ai réunie mes passions dans ce site où je vous partage mes expériences et mes connaissances sur la Norvège spécialement. J’y ai vécu 2 ans entre 2015 et 2017, depuis les décors me manque, la culture me manque. Bonne lecture.
