La France et la Norvège abordent leur dernier match de groupe à égalité de points : deux victoires chacune, et toutes deux déjà qualifiées pour les 32es de finale.

Leurs attaquants vedettes, Kylian Mbappé et Erling Haaland, sont également à égalité avec quatre buts chacun. L’un talonne Lionel Messi au classement des meilleurs buteurs de l’histoire de la Coupe du monde, tandis que l’autre s’impose pour la première fois sur la plus grande scène du football mondial.

La première place déterminera leur adversaire en huitièmes de finale et aura des répercussions sur l’ensemble du tableau.

Mais au-delà des attaquants, les deux équipes ont adopté des styles de jeu contrastés face aux deux mêmes adversaires lors de leurs deux premiers matchs. Les chiffres qui en ressortent sont intrigants et influenceront le déroulement de la rencontre vendredi soir dans le Massachusetts.

La France a réussi 58,6 % de ses passes dans la moitié de terrain adverse et 41,4 % dans la sienne. La répartition de la Norvège est exactement l’inverse : 58,6 % dans sa propre moitié de terrain et 41,4 % dans celle de l’adversaire.

La répartition des passes réussies nous indique où le ballon passera la majeure partie de son temps et nous donne un indice sur l’équipe qui pourrait en tirer profit.


La France s’est entraînée cette semaine sans son sélectionneur, Didier Deschamps étant rentré chez lui pour faire son deuil après le décès de sa mère. Alors que cette Coupe du monde devrait être sa dernière à la tête de l’équipe, celle-ci a discrètement opéré son changement tactique le plus important depuis des années.

En 2018, la France se classait 22e sur 32 équipes en termes de possessions gagnées dans le dernier tiers par 90 minutes ; en 2022, elle s’est classée 19e.

Lors de cette Coupe du monde, elle a récupéré le ballon dans le dernier tiers à 14 reprises en deux matchs — soit sept par 90 minutes —, seule l’Espagne la devançant à ce titre. Ce changement illustre l’évolution de sa philosophie défensive, marquée par le passage d’un bloc plus bas à une récupération du ballon plus haut sur le terrain.

Les facteurs qui feront la différence lors du match de Coupe du monde opposant la Norvège à la France - 15

Michael Olise incarne parfaitement cette approche, qu’il soit en possession ou non du ballon. Avec trois ballons récupérés dans le dernier tiers, soit le meilleur total parmi tous les joueurs français, il affiche également trois passes décisives et cinq passes en profondeur, deux records de la compétition.

Il se faufile dans les espaces, dribble ses adversaires et trouve la passe que personne d’autre ne voit. Il incarne peut-être le mieux ce que Deschamps a mis en place.

Ousmane Dembélé est l’un des joueurs les plus acharnés au pressing dans le football européen de clubs, et il a transposé cette intensité sur la scène internationale. Contre l’Irak, son pressing acharné a provoqué une passe ratée dans la moitié de terrain adverse, permettant à la France de récupérer le ballon et de préparer le deuxième but de Mbappé.

Il a inscrit son tout premier but en Coupe du monde plus tard dans la mi-temps. La France a généré six tirs à haut risque — seul l’Équateur en compte davantage — et en a converti deux en buts, soit plus que n’importe quelle autre équipe du tournoi.

Le mécanisme à l’origine de ce changement est structurel. Deschamps a délaissé son milieu de terrain à trois, qu’il privilégiait, au profit d’un double pivot, permettant ainsi d’aligner quatre joueurs offensifs. Cela a permis à la France d’adopter une ligne défensive plus haute et plus agressive.

Reste à savoir si la France pourra maintenir cette approche face à des adversaires plus coriaces. Vendredi, face à une équipe norvégienne en pleine forme, nous aurons une première réponse concrète.

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Erling Haaland a marqué deux buts lors de chacun des deux premiers matches de la Norvège. (Justin Setterfield / Getty Images)

La Norvège a un style de jeu différent et doit se méfier de la double menace offensive française. Alors que la France pratique un pressing haut et fait circuler le ballon, la Norvège absorbe la pression dans sa propre moitié de terrain avant de lancer des contre-attaques vers la surface de réparation.

Sa précision de passe, qui atteint 92,9 % dans sa propre moitié de terrain, chute à 76,4 % dans celle de l’adversaire. Cet écart reflète son intention : la Norvège se montre patiente et solide derrière la ligne médiane, puis adopte délibérément un jeu direct une fois celle-ci franchie.

Cette approche est illustrée par les 200 passes qui ont abouti dans le dernier tiers au cours de ses deux matchs. Près d’une passe réussie sur sept dans la moitié de terrain adverse aboutit directement dans la surface — soit près du double du taux de la France.

Ils n’ont réussi que deux montées offensives, contre 12 pour la France. Leurs quatre attaques directes en disent plus long : seules huit équipes de ce tournoi en comptent davantage. La raison de leur verticalité et de leur empressement à pénétrer dans la surface adverse réside dans l’attraction gravitationnelle exercée par Erling Haaland.

Haaland a marqué quatre buts lors de cette Coupe du monde, mais le chiffre qui illustre le mieux la manière dont la Norvège l’utilise est tout autre. Il n’a effectué que 10 passes en 180 minutes — le plus faible total parmi tous les joueurs de champ ayant disputé plus de 155 minutes dans ce tournoi.

Seul le Canadien Cyle Larin enregistre une proportion plus élevée de touches de balle dans la surface adverse. Haaland occupe cet espace, et le jeu de la Norvège est construit autour de la recherche de ce joueur.

Les principaux passeurs sont Martin Odegaard et Julian Ryerson. Ryerson ne devrait pas être aligné après avoir dû quitter le terrain contre le Sénégal en raison d’une blessure à la cuisse droite, ce qui porte un coup dur aux débordements de la Norvège sur les ailes.

Odegaard porte le poids de la créativité. Il est à l’origine d’environ 20 % des passes réussies de la Norvège dans le dernier tiers et, contre l’Irak, quatre des huit passes norvégiennes qui ont percé la défense adverse provenaient d’Odegaard — soit autant que l’ensemble de l’équipe irakienne à elle seule.

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Vendredi soir, deux des attaques les plus redoutables du tournoi s’affronteront, mais aucune des deux équipes ne dispose d’une défense solide. La Norvège n’a pas réussi à garder ses cages inviolées lors de ses deux matchs, tandis que la structure défensive de la France a parfois semblé peu rodée — une ligne arrière qui, dans l’ensemble, n’a pas encore été mise à l’épreuve face à des adversaires de ce niveau.

La France cherchera à limiter Odegaard lorsqu’il a le ballon, en coupant les lignes de passe de la Norvège avant qu’elles n’atteignent la surface de réparation. Pour la Norvège, il sera essentiel de passer à travers ou de contourner le pressing français, plutôt que de recourir à des ballons en profondeur. Si elle parvient à conserver la possession sans céder à la pression française, elle gagnera en confiance pour les huitièmes de finale.