La Norvège a la possibilité de transformer le financement de la lutte contre le changement climatique - 3

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L’auteur est professeur d’énergie et de changement climatique et directeur adjoint de l’Institut des ressources durables de l’UCL.

Les vagues de chaleur sans précédent qui ravagent les États-Unis, la Méditerranée et la Chine illustrent certaines des conséquences de ce qui semble être l’année la plus chaude jamais enregistrée. Il est également probable que cette année soit celle où les émissions de gaz à effet de serre seront les plus élevées de tous les temps. Ces sombres statistiques témoignent de l’incapacité persistante de l’humanité à lutter contre le changement climatique, quelque 36 ans après que le rapport fondateur des Nations unies, rédigé par Gro Harlem Brundtland, alors premier ministre norvégien, a souligné l’impératif d’un développement durable.

Cette année, la Norvège a l’occasion d’être le fer de lance, plus directement, d’une étape massive vers une réponse mondiale efficace – en utilisant une partie de ses bénéfices exceptionnels issus de la crise énergétique pour inciter les marchés de capitaux internationaux à inverser la tendance à l’augmentation des émissions mondiales.

L’invasion de l’Ukraine par la Russie a entraîné d’importants flux de revenus pour les producteurs de combustibles fossiles. Il s’agit avant tout d’une crise du gaz, centrée sur l’Europe, dont les retombées se répercutent le plus fortement sur les marchés européens de l’énergie.

Les profits des pays producteurs de pétrole ont été énormes. Au cours des deux dernières décennies, le flux net de trésorerie de la Norvège provenant des exportations de pétrole et de gaz a atteint environ 30 milliards de dollars par an. En 2022, ce montant est passé à 130 milliards de dollars. Cette année, la Norvège aura engrangé environ 150 milliards de dollars de bénéfices – le flux net de trésorerie alloué à son fonds souverain pour le pétrole – de plus que la normale, auxquels s’ajoutent des milliards provenant de l’augmentation des prix de ses exportations d’électricité.

Dans le même temps, l’effort politique mondial pour lutter contre le changement climatique est entravé par des différends nord-sud qui piétinent, en particulier sur le plan financier. Ce n’est pas seulement que les pays les plus pauvres, qui ont le moins contribué au problème et qui en souffrent le plus, reçoivent une aide inadéquate. Il s’agit également d’une lutte pour le financement de la transition vers une énergie mondiale à faible teneur en carbone.

La croissance des émissions est aujourd’hui principalement le fait des pays en développement et, pour changer cette situation, il faut investir massivement dans les technologies propres. Le GIEC a estimé qu’il faudrait investir entre 1,5 et 3 milliards de dollars par an dans les pays non membres de l’OCDE au cours de cette décennie pour atteindre les objectifs de Paris. Par ailleurs, le groupe d’experts indépendants de haut niveau sur le financement de la lutte contre le changement climatique estime que les besoins des pays en développement autres que la Chine se situent entre 2 et 2,8 milliards de dollars par an, dont au moins 1 milliard de dollars d’investissements internationaux.

Le paradoxe est que les technologies énergétiques propres sont aujourd’hui potentiellement moins chères que les combustibles fossiles, mais seulement là où le capital est bon marché et abondant. Dans la plupart des pays en développement, ce n’est pas le cas. La transition est en outre étouffée par la dette post-Covid, les taux d’intérêt plus élevés et les énormes subventions de la loi américaine sur la réduction de l’inflation, qui éloignent les investisseurs dans les énergies propres des pays en développement.

En termes réels, la manne énergétique actuelle de la Norvège est à peu près de la même ampleur, aux prix d’aujourd’hui, que l’ensemble du plan Marshall de 1948-1951. Cet investissement américain visionnaire de 13,3 milliards de dollars a contribué à stabiliser le monde et à jeter les bases d’une reprise rapide et durable après la guerre. Si la Norvège envisageait de faire quelque chose de similaire, mais en utilisant ses finances de manière intelligente pour stimuler les investissements privés dans les énergies propres à grande échelle par le biais de la souscription de risques, elle pourrait changer complètement la donne.

Le récent sommet de Paris sur le financement du climat a progressé sur une proposition visant à garantir le risque de change, mais a une fois de plus illustré le pouvoir des pays récalcitrants à bloquer les progrès réels. La clé réside en effet dans la souscription des risques, en particulier pour les investissements à faible émission de carbone dans les pays en développement. L’expérience de quelques programmes pilotes, ainsi que la recherche universitaire couverte par le GIEC, indiquent que l’on peut s’attendre à ce que les garanties publiques des risques permettent de multiplier par 15 les investissements en capitaux privés.

Un tiers seulement des bénéfices indirects de la Norvège provenant de la guerre en Ukraine s’élève à 50 milliards de dollars. Si le pays s’engageait à souscrire des investissements à faible émission de carbone sur le marché des capitaux dans les pays en développement, il pourrait vraisemblablement mobiliser la moitié des investissements étrangers annuels dont ces pays ont désespérément besoin.

Chez elle, la Norvège est un champion de l’énergie propre, mais ses énormes revenus pendant la crise énergétique provenaient principalement de l’exportation de carbone. Les profits tirés des combustibles fossiles sont désormais clairement entachés par les coûts et les souffrances infligés au niveau mondial par le changement climatique. S’attaquer à cette inégalité est le plus grand impératif moral international depuis la Seconde Guerre mondiale.

La Norvège a la possibilité de démontrer le potentiel spectaculaire des garanties de risque pour les investissements internationaux dans les énergies propres, à grande échelle. De stimuler un complexe financier international pour les énergies propres à l’échelle requise pour éclipser enfin celui des combustibles fossiles. Et d’offrir une lueur d’espoir dans une situation mondiale de plus en plus désespérée. Brundtland serait fier.

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