Pourquoi l'impôt sur la fortune controversé de la Norvège n'est pas près de disparaître - 3

Malgré de nombreuses controverses et une pression politique croissante, l’impôt norvégien sur la fortune est fermement ancré et ne risque pas de disparaître de sitôt.

L’impôt norvégien sur la fortune est devenu un sujet politique brûlant.

Conçu à l’origine comme un outil de redistribution, cet impôt suscite de plus en plus de critiques de la part des chefs d’entreprise, des entrepreneurs et des politiciens opposés, qui affirment qu’il décourage l’investissement et punit la propriété privée.

L’impôt frappe également les ménages riches en actifs qui n’ont pas forcément les liquidités nécessaires pour payer facilement l’impôt sur la fortune chaque année.

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Le débat a été alimenté par des cas très médiatisés de Norvégiens fortunés s’installant à l’étranger pour échapper à l’impôt (souvent en Suisse, comme The Local l’a largement rapporté), ce qui a suscité des inquiétudes quant à la fuite des capitaux et à la compétitivité future des entreprises norvégiennes.

Toutefois, le ministre des finances, Jens Stoltenberg, a récemment fait savoir – sans grande surprise – que le principe de l’imposition de la fortune privée restait un pilier non négociable de la politique fiscale norvégienne.

Un engagement (politique) en faveur de la redistribution

Répondant récemment à une question écrite du député Alfred Jens Bjørlo, M. Stoltenberg a défendu l’impôt sur la fortune comme étant essentiel à la société norvégienne.

« L’impôt sur la fortune est important. Il redistribue et taxe ceux qui détiennent les actifs les plus importants », a-t-il écrit.

M. Stoltenberg a souligné que les revenus de l’impôt sur la fortune soutiennent le modèle norvégien de protection sociale, réduisant ainsi la nécessité d’augmenter d’autres impôts.

Il a également réfuté les affirmations selon lesquelles l’impôt sur la fortune décourage l’investissement, déclarant qu’il y a « peu de preuves scientifiques » que l’impôt affaiblit les possibilités d’investissements rentables.

La Norvège reste l’un des rares pays de l’OCDE à prélever un impôt sur la fortune.

Le pays prélève un impôt allant jusqu’à 1,1 % sur le patrimoine net total des personnes physiques dont la valeur est supérieure à 1,7 million de couronnes et des couples mariés dont le patrimoine net conjoint est supérieur à 3,4 millions de couronnes.

Toutefois, M. Stoltenberg a souligné que, contrairement à de nombreux autres pays, la Norvège n’a pas d’impôt sur les successions et que l’impôt foncier y est relativement faible.

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Controverse croissante

Malgré la défense du gouvernement, l’impôt sur la fortune est devenu un paratonnerre pour les critiques et le débat public.

Un nombre croissant de Norvégiens les plus riches ont déménagé à l’étranger pour échapper à l’impôt, ce qui a conduit les médias à titrer sur les « exilés fiscaux ».

Les propriétaires de petites entreprises norvégiennes affirment que l’impôt les oblige à payer sur les plus-values latentes – la valeur théorique de leurs entreprises – souvent sans disposer de liquidités réelles pour couvrir la facture.

Dans certains cas, les propriétaires d’entreprises ont été contraints de vendre des actions ou des actifs simplement pour s’acquitter de leurs obligations fiscales.

Le cas de Lars Oscar Øvstegård, un propriétaire de petite entreprise qui a annoncé une action en justice contre l’État, a fait l’objet d’une grande attention de la part des médias.

En outre, l’impôt sur la fortune s’est avéré impopulaire auprès des familles de la classe moyenne. Par exemple, le fait de posséder une maison sans hypothèque peut rendre certains ménages redevables de l’impôt sur la fortune, bien que les résidences principales bénéficient d’une réduction de l’évaluation de l’impôt sur la fortune.

EXPLIQUÉ : Comment fonctionne l’impôt norvégien par tranches sur les revenus ?

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Comment la taxe pourrait-elle changer ?

Des élections générales auront lieu en Norvège en septembre et le parti conservateur de l’opposition a fait de la réforme de l’impôt sur la fortune l’un de ses principaux points d’action.

Le parti s’est engagé à abolir l’impôt sur les fonds de roulement – qui couvre les actifs des entreprises tels que les machines, les équipements et les bâtiments – afin de stimuler la croissance du secteur privé et de préserver la propriété norvégienne.

Les conservateurs estiment que cet impôt est particulièrement préjudiciable à un moment où la Norvège a besoin d’un plus grand nombre d’entreprises privées en pleine croissance.

Bien que le gouvernement travailliste actuel se soit engagé à maintenir l’impôt sur la fortune, M. Stoltenberg a reconnu que des améliorations pourraient être envisagées.

Il a proposé de créer une commission fiscale élargie pour examiner les modifications à apporter au système et a lancé l’idée d’un règlement fiscal multipartite pour assurer la stabilité et la prévisibilité pour les milieux d’affaires. Cependant, ses tentatives pour rallier le Parti conservateur et le Parti du progrès ont échoué le mois dernier.

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En outre, toute réforme menée par les travaillistes, s’ils sont à la tête du prochain gouvernement, risque d’être limitée.

Pour le parti travailliste, l’impôt sur la fortune n’est pas seulement un outil financier – c’est un symbole de l’engagement de la Norvège en faveur de l’égalité économique et de la solidarité.