Appel des pays nordiques à une action immédiate et décisive pour Gaza - 3

Un groupe de treize anciens ministres nordiques des affaires étrangères et de la défense a adressé une lettre commune aux dirigeants européens, les exhortant à prendre des mesures immédiates pour prévenir les crimes de guerre et éviter une crise humanitaire catastrophique à Gaza.

Aux gouvernements d’Europe et aux institutions de l’Union européenne,

Le moment est venu de rompre le silence assourdissant dans lequel une grande partie de la communauté internationale a observé la dévastation continue de Gaza. L’ampleur des destructions est inadmissible : plus de 50 000 Palestiniens ont perdu la vie, dont une écrasante majorité de femmes, d’enfants et de civils non combattants, parmi lesquels des centaines de journalistes et de travailleurs humanitaires. L’obstruction calculée de l’aide humanitaire par l’État d’Israël revient, en fait, à utiliser la famine comme arme de guerre. Ce à quoi nous assistons aujourd’hui semble être l’expulsion systématique d’une population entière, une politique qui équivaut à un nettoyage ethnique.

Nous, soussignés, demandons instamment aux gouvernements de l’Europe et de l’Union européenne d’agir sans délai pour mettre un terme à la commission de crimes de guerre et empêcher la détérioration d’une crise humanitaire déjà catastrophique. Il incombe à l’Europe de déployer tout le poids de ses instruments diplomatiques, juridiques et économiques pour obtenir un cessez-le-feu immédiat et durable, la libération inconditionnelle de tous les otages et l’acheminement sans entrave de l’aide humanitaire essentielle, y compris des fournitures médicales, de la nourriture et de l’eau, à la population civile. Si ces démarches diplomatiques n’aboutissent pas, l’Union européenne doit se tenir prête à imposer des sanctions politiques et économiques ciblées aux responsables.

Le Hamas, désigné depuis longtemps comme une organisation terroriste, porte une grave responsabilité dans les crimes commis à l’encontre des civils israéliens et palestiniens. Nombre de ses dirigeants ont été inculpés avant leur mort par la Cour pénale internationale (CPI). L’État d’Israël, comme toutes les nations souveraines, possède le droit inaliénable de se défendre. Cependant, ce droit ne s’étend pas, et ne doit pas s’étendre, à la perpétration de crimes de guerre ou de crimes contre l’humanité. Les responsables et le personnel militaire israéliens accusés de tels délits ont également fait l’objet d’une mise en accusation de la part de la CPI. En tant qu’États parties au Statut de Rome, tous les États membres de l’Union européenne sont légalement tenus de respecter l’autorité et l’impartialité de la Cour, quelle que soit la sensibilité politique de ses conclusions.

Le droit international humanitaire doit être appliqué de manière cohérente, sans préférence ni exception. Toutes les violations, qu’elles soient commises par des acteurs étatiques ou non étatiques, doivent faire l’objet d’enquêtes et de poursuites rigoureuses. L’impunité, sous quelque forme que ce soit, ronge les fondements de l’ordre international.

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Un retour au statu quo politique et territorial ante d’octobre 2023 n’offre pas de voie durable vers la paix. Une résolution juste et durable de ce conflit exige la création d’un État palestinien viable et souverain, vivant en paix et en sécurité aux côtés d’Israël. Nous appelons tous les gouvernements européens qui ne l’ont pas encore fait à reconnaître officiellement l’État de Palestine, ce qui constituerait une étape essentielle vers la relance d’un processus de paix crédible. Cette reconnaissance permettrait non seulement d’affirmer le droit du peuple palestinien à l’autodétermination, mais servirait également de catalyseur pour relancer la diplomatie.

L’Europe doit travailler en partenariat étroit avec ses voisins arabes et ses alliés internationaux pour reconstituer un processus politique capable d’aboutir à une solution à deux États fondée sur la justice, l’égalité et la reconnaissance mutuelle. Un régime d’apartheid dans la région, qui refuse systématiquement l’égalité des droits sur la base de l’appartenance ethnique ou de la religion, n’est ni moralement tenable ni politiquement durable. Si la solution des deux États s’avère irréalisable, la seule alternative acceptable est la création d’un État unique, démocratique et laïque, dans lequel tous les citoyens, indépendamment de leur foi ou de leur appartenance ethnique, jouissent de droits, de protections et de responsabilités égaux.

La gravité de ce moment exige un leadership fondé sur des principes et une détermination sans faille. L’Union européenne doit se montrer à la hauteur et agir pour défendre la dignité humaine, le droit international et la possibilité d’une paix juste et durable.

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Signataires :

Bertel Haarder – Ministre de l’éducation du Danemark (1982-94, 2007-10)

Heidi Hautala – Ministre du développement international de la Finlande (2011-13)

Peter Hultqvist – Ministre de la Défense de la Suède (2014-22)

Thorbjørn Jagland – Premier ministre de Norvège (1996-97), ministre des Affaires étrangères (2000-01)

Morgan Johansson – Ministre de la Justice de Suède (2014-22)

Martin Lidegaard – Ministre des Affaires étrangères du Danemark (2014-15)

Ann Linde – Ministre des Affaires étrangères de la Suède (2019-22)

Mogens Lykketoft – Ministre des Affaires étrangères du Danemark (2000-01)

Elisabeth Rehn – Ministre de la Défense de la Finlande (1990-95)

Pertti Salolainen – Ministre du Commerce extérieur de la Finlande (1987-95)

Pär Stenbäck – Ministre de l’Éducation et des Affaires étrangères de Finlande (1979-83)

Villy Søvndal – Ministre des Affaires étrangères du Danemark (2011-13)

Erkki Tuomioja – Ministre des Affaires étrangères de Finlande (2000-07, 2011-15)