Le débat européen sur les armes nucléaires s'intensifie - 3

Les dirigeants européens, inquiets des menaces que représente la Russie dotée de l’arme nucléaire et des doutes quant à l’avenir des engagements des États-Unis en matière de sécurité, débattent de plus en plus de la nécessité de renforcer les arsenaux nucléaires sur le continent.

Le chancelier allemand Friedrich Merz a déclaré lors de la Conférence sur la sécurité de Munich (MSC) qu’il avait « eu des discussions confidentielles avec le président français au sujet de la dissuasion nucléaire européenne ».

Et le Premier ministre britannique Keir Starmer, autre puissance nucléaire européenne avec la France, a déclaré qu’il s’agissait de « renforcer notre coopération nucléaire avec la France ».

La dissuasion nucléaire britannique protège déjà les membres de l’OTAN, et M. Starmer a déclaré que « tout adversaire doit savoir qu’en cas de crise, il pourrait être confronté à notre force combinée » avec la France.

Cependant, alors que les États-Unis et la Russie possèdent chacun des milliers d’ogives nucléaires, l’arsenal combiné de la France et de la Grande-Bretagne se compte en centaines.

Le débat sur l’armement nucléaire a longtemps été considéré comme tabou dans de nombreux autres pays européens, mais l’agression russe et les inquiétudes concernant l’engagement des États-Unis ont propulsé cette question au premier plan de la politique européenne.

Dans un rapport évaluant les « options nucléaires de l’Europe » publié pour le MSC, des experts ont averti que les arsenaux nucléaires relativement modestes de la France et du Royaume-Uni pourraient ne pas suffire pour faire face à la Russie sans le soutien des États-Unis.

« Les Européens ne peuvent plus déléguer leur réflexion sur la dissuasion nucléaire aux États-Unis », avertit le groupe de 11 experts dans le document, qui appelle l’Europe à « faire face de toute urgence à une nouvelle réalité nucléaire » face au « révisionnisme soutenu par l’arme nucléaire de la Russie ».

De nombreux responsables européens sont convaincus que les ambitions territoriales de Moscou ne se limiteront pas à l’Ukraine et que d’autres pays européens, y compris des membres de l’OTAN, pourraient être confrontés à une forme d’attaque.

Les commentaires dédaigneux du président américain Donald Trump à l’égard de l’OTAN et son approche hautement transactionnelle des relations étrangères amènent les alliés européens de Washington à se demander s’ils peuvent prendre le risque de compter sur la protection des États-Unis.

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« La complaisance est terminée »

Le rapport du MSC présente cinq options nucléaires pour l’Europe, mais prévient qu’aucune n’est bonne et qu’il n’existe « aucune solution peu coûteuse ou sans risque pour sortir l’Europe de sa situation nucléaire difficile ».

« L’époque où l’Europe pouvait se permettre une complaisance stratégique est révolue », écrivent les auteurs.

« Aussi inconfortable que puisse être le débat, le nouvel environnement sécuritaire exige des décideurs politiques européens qu’ils abordent sans délai et de front le rôle des armes nucléaires dans la défense du continent, et qu’ils investissent les ressources nécessaires pour le faire de manière compétente. »

Les cinq options sont les suivantes : continuer à compter sur la dissuasion américaine ; renforcer le rôle des armes nucléaires britanniques et françaises dans la dissuasion européenne ; développer conjointement des armes nucléaires européennes à des fins de dissuasion ; augmenter le nombre de pays européens disposant de leur propre arsenal nucléaire ; ou étendre la puissance militaire conventionnelle européenne afin de présenter une dissuasion non nucléaire plus intimidante.

Selon les auteurs, le maintien du statu quo et le recours à la puissance militaire inégalée des États-Unis restent « l’option la plus crédible et la plus réalisable » à court terme.

« Nous disposons déjà d’une dissuasion nucléaire » dans le cadre de l’OTAN, « qui fonctionne, qui s’appuie sur des plans, des capacités et des doctrines », a déclaré à l’AFP le ministre estonien des Affaires étrangères, Margus Tsahkna.

Merz a déclaré que les alliés européens de l’OTAN doivent rester unis tout en renforçant la dissuasion nucléaire européenne, soulignant que « nous ne permettrons pas l’émergence de zones de sécurité différentes en Europe ».

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Discours de Macron

L’écart de capacités entre les États-Unis et la Russie d’une part, et les arsenaux français et britannique, beaucoup plus modestes, d’autre part, est actuellement si important que très peu de gens pensent que les Européens puissent assumer pleinement la responsabilité de la dissuasion à court terme.

« S’il doit y avoir des investissements européens plus importants dans la dissuasion nucléaire de la France ou du Royaume-Uni, ce ne peut être qu’une bonne chose », a récemment déclaré à l’AFP le ministre finlandais de la Défense, Antti Hakkanen.

Mais il a rapidement ajouté : « Si vous parlez de compenser la dissuasion nucléaire américaine, ce n’est pas réaliste à ce stade. »

Les experts se sont néanmoins félicités du débat politique de plus en plus sérieux sur une question qui préoccupe depuis longtemps les planificateurs militaires.

« C’est très positif, mais maintenant, nous avons besoin d’actions », a déclaré à l’AFP Héloïse Fayet, de l’Institut français des relations internationales (Ifri), qui a contribué au rapport du MSC.

Le rapport souligne que la France et la Grande-Bretagne seraient confrontées à toute une série de défis pour développer leurs arsenaux et étendre la protection nucléaire à toute l’Europe, qu’il s’agisse des coûts élevés ou des questions délicates concernant l’autorité finale chargée de lancer les ogives.

Les armes nucléaires britanniques dépendent également fortement de la technologie américaine, ce qui signifie que pour l’instant, « il n’y a pas d’avenir viable pour la dissuasion nucléaire britannique sans la collaboration des États-Unis », notent les experts.

Le président français Emmanuel Macron, qui a déjà évoqué la possibilité d’étendre le parapluie nucléaire français à l’ensemble de l’Europe, doit prononcer un discours important sur la doctrine nucléaire française à la fin du mois de février.

M. Macron a déclaré à Munich qu’il envisageait une doctrine qui pourrait inclure « une coopération spéciale, des exercices conjoints et des intérêts sécuritaires communs avec certains pays clés ».

« Ce discours de M. Macron sera très important », a déclaré M. Fayet. « Il a suscité d’énormes attentes en Europe. »