La princesse Ingrid devient la cible inattendue de la crise de confiance qui touche la famille royale norvégienne - 9

Cela fait près d’un an que le Palais royal d’Oslo a annoncé que la princesse Ingrid, héritière du trône de Norvège, allait étudier à l’université de Sydney. La fille de 22 ans du prince héritier Haakon et de la princesse héritière Mette-Marit s’est installée en Australie en août dernier, effectuant régulièrement des voyages dans son pays d’origine afin de maintenir une présence institutionnelle en tant qu’héritière royale en formation. Dans un revirement surprenant, un débat public a éclaté, les détracteurs remettant en cause ses études et se demandant si celles-ci ne coûtent pas de l’argent aux contribuables.

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Le prince Sverre Magnus et la princesse Ingrid Alexandra de Norvège lors d’une réception en l’honneur des athlètes norvégiens des Jeux paralympiques de Milan-Cortina 2026

Cette controverse ne vient ni de l’Australie ni d’Ingrid elle-même. Elle tient entièrement au moment choisi et au climat qui entoure la monarchie norvégienne.

Le média norvégien Nettavisen a récemment publié une ventilation détaillée des coûts que les trois années passées par la princesse Ingrid à Sydney vont représenter pour l’État. Le rapport indique que le gouvernement lui verse une bourse annuelle de 500 000 couronnes norvégiennes, soit environ 52 000 dollars, pour ses études. Les frais supplémentaires sont pris en charge par ses parents sur l’allocation familiale, une aide de l’État d’une valeur d’environ 1,39 million de dollars en 2025.

Si l’on tient compte des frais de scolarité, du logement, des vols et de la protection rapprochée qui accompagne Ingrid partout 24 heures sur 24, les coûts dépassent cette subvention initiale. Bien que ces informations ne soient pas nouvelles, c’est la réaction à cette nouvelle qui a changé. En une année de stabilité institutionnelle, cette histoire n’aurait probablement fait guère de bruit. Aujourd’hui, elle est perçue différemment.

Cet événement, organisé en l'honneur des athlètes des Jeux paralympiques d'hiver, a réuni le prince héritier Haakon, leurs enfants, le prince Sverre Magnus et la princesse Ingrid Alexandra, qui a fait le déplacement depuis l'Australie où elle poursuit ses études.© NTB
Les enfants de la famille sont sous les feux des projecteurs alors que celle-ci fait face à des pressions

Un déficit de confiance qui s’est accumulé au fil des ans

La famille royale norvégienne a connu une série d’épisodes préjudiciables ces derniers mois, chacun d’entre eux érodant la bienveillance dont l’institution jouissait autrefois.

Les retombées des liens entre Mette-Marit et Jeffrey Epstein ont été particulièrement néfastes, beaucoup critiquant la réaction du palais. Le procès pénal en cours de Marius Borg, le fils de Mette-Marit issu d’une précédente relation, est également un facteur, celui-ci étant toujours en détention provisoire dans l’attente de son jugement. Pour couronner le tout, des inquiétudes pèsent sur la santé du roi Harald, celui-ci ayant laissé entendre qu’il souhaitait se retirer de ses fonctions royales.

Tout cela a créé un climat dans lequel des gestes qui étaient autrefois perçus comme avant-gardistes sont désormais considérés comme déplacés. Les études de la princesse Ingrid à Sydney, qui pouvaient être vues comme un investissement sérieux dans son avenir en tant que chef d’État, sont désormais considérées comme un luxe.

Mette-Marit et Haakon devraient devenir roi et reine de Norvège© NRK
Mette-Marit et Haakon ont dû expliquer à la presse leurs liens avec Jeffrey Epstein

Une famille qui se réorganise aux yeux du public

Le débat autour d’Ingrid se déroule alors que la famille royale connaît un remaniement de ses fonctions. Mette-Marit ayant un emploi du temps réduit et limité en raison de sa santé, le prince Sverre Magnus est intervenu pour assumer davantage de ses engagements publics. Son retour dans le giron institutionnel soulève de nouvelles questions ; en tant que deuxième fils de la famille, son avenir avait depuis longtemps été tracé en dehors de la monarchie. Il y a également peu de transparence autour de sa situation actuelle, le public ne sachant pas s’il réside en Italie ou en Norvège, ni s’il prévoit d’accomplir son service militaire.

Certains craignent que Sverre ne finisse par suivre un parcours similaire à celui de sa tante, la princesse Märtha Louise, qui a passé des années à jongler entre ses devoirs royaux et ses activités commerciales personnelles, nuisant finalement à la légitimité de l’institution.

La princesse Ingrid devient la cible inattendue de la crise de confiance qui touche la famille royale norvégienne© Corbis via Getty Images
La princesse Ingrid semble prise entre deux feux

Ingrid, au centre de l’attention malgré elle

La princesse Ingrid n’y est pour rien. De l’avis général, elle a géré son séjour en Australie avec rigueur, conciliant ses études en relations internationales et en économie politique avec un flux constant d’engagements officiels qu’elle honore dans son pays. Pour l’instant, cependant, elle est devenue la figure la plus visible et, pour l’instant, la plus scrutée de la prochaine génération de monarques norvégiens. Dans un climat où l’institution se sent vulnérable, cette visibilité a un coût.