En Norvège, la formation n'est pas seulement un projet. C'est tout un système. – FasterSkier - 11

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Johannes Hoesflot Klaebo (NOR), Emil Iversen (NOR) et Martin Loewstroem Nyenget (NOR), (de gauche à droite) lors des derniers kilomètres du 50 km classique olympique. (Photo : Vanzetta/NordicFocus)

La lecture d’un article récemment publié en Norvège, « Une culture de développement à long terme pour un succès olympique durable : les leçons tirées du ski de fond norvégien » par Jacob Walther et Øyvind Sandbakk, vaut le détour.

Une culture de développement à long terme pour un succès olympique durable : leçons tirées du ski de fond norvégien – ScienceDirect

Nous avons tous déjà beaucoup entendu parler de la Norvège. Mais cet article dissipe simplement certaines idées reçues, et il vaut la peine d’y jeter un œil. Il démystifie les mythes et revient à ce qui motive réellement le développement et, en fin de compte, la performance d’élite. La Norvège ne dispose pas d’informations supérieures. Elle fait simplement preuve de plus de discipline dans l’application de ce que la plupart des programmes comprennent déjà, et de plus de cohérence dans ce qu’elle refuse de faire.

L’article aborde ce sujet de front. Il n’y a pas de « méthode norvégienne ». Pas de séance d’intervalles magique. Pas de zone d’intensité secrète que l’on peut mettre en œuvre en espérant des résultats. Ce qu’ils ont, c’est un système. Et surtout, un système construit autour de leur culture.

Nous avons tendance à expliquer leur succès en termes physiologiques et techniques. Ce n’est pas la physiologie, la technique, la gestion de la santé ou la santé mentale ; tout cela en fait partie, mais cela n’explique pas le système. La plupart des programmes savent que la spécialisation précoce est risquée et imprécise. La plupart des entraîneurs comprennent le développement à long terme et la nécessité de construire l’entraînement lentement et par phases en fonction de l’âge d’entraînement. La différence, c’est que la Norvège s’y tient.

Les éléments ne sont pas nouveaux. Retarder la sélection précoce. Encourager la pratique multisports et intégrer les sciences du sport dans l’entraînement quotidien. Investir dans la formation des entraîneurs. Considérer la santé des athlètes comme faisant partie intégrante du développement, et non comme un obstacle à celui-ci. Le résultat ne se limite pas à de meilleurs athlètes d’élite.  C’est une participation de masse plus large, un entraînement mieux informé et un vivier plus important d’athlètes et de familles engagés dans le sport.

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Le Norvégien Johannes Høsflot Klæbo a remporté sa première Coupe du monde à 20 ans, lors du sprint masculin de 1,6 km en style libre à Otepää, en Estonie, en 2017. (Photo : Fischer/NordicFocus)

L’article prend Johannes Høstflot Klæbo comme étude de cas. À 15 ans, il s’est classé 101e aux championnats nationaux juniors. Des années plus tard, il est l’athlète olympique d’hiver le plus médaillé de tous les temps. C’est un résultat impressionnant. Mais la valeur ne réside pas dans le résultat. Elle réside dans ce que le système attend et permet.

Dans la plupart des programmes, cet athlète est écarté très tôt. En Norvège, il reste plus longtemps. C’est là tout l’intérêt. Il ne s’agit pas d’identifier les talents plus tôt et de leur consacrer des ressources et des opportunités. Il s’agit de ne pas éliminer trop tôt l’identification des talents. Cela exige de la patience, une coopération entre les programmes des clubs, une confiance dans le système et une volonté d’ignorer la validation à court terme.

C’est là que le modèle norvégien se distingue. Le tournant s’est produit à l’approche des Jeux olympiques d’hiver de 1994. La Norvège n’a pas découvert de nouvelle physiologie ni inventé de nouvelles méthodes d’entraînement. Elle s’est organisée différemment. Elle a centralisé l’expertise, intégré la science du sport dans l’entraînement, collecté des données d’expérience et d’entraînement dans tous les sports olympiques, et aligné la fédération de ski depuis l’équipe nationale jusqu’au niveau des clubs.

Olympiatoppen occupe une place centrale, non pas en tant que laboratoire isolé du terrain, mais en tant que partie intégrante du processus d’entraînement. Il ne dirige pas le système, mais l’informe et le façonne. Cet équilibre est essentiel. La Norvège ne s’est pas contentée d’ajouter des scientifiques du sport. Elle a utilisé la science du sport pour améliorer l’entraînement. Aux niveaux supérieurs, de nombreux entraîneurs sont formés en physiologie de l’exercice. Cela réduit les erreurs d’interprétation et assure une cohérence dans le temps.

Le développement à long terme en Norvège n’est pas un slogan. Il est mis en œuvre de manière intentionnelle. Il suit les principes de la physiologie. Les performances d’endurance atteignent leur apogée vers la fin de la vingtaine, après des années d’entraînement régulier. Ils ne remettent pas en cause cette réalité ; ils ont construit tout leur système autour de cette réalité.

On constate que les athlètes restent plus longtemps dans leur discipline, comme en témoignent les courses FIS de haut niveau en Norvège. Des centaines de skieurs ont plus de 25 à 30 ans. Ils développent leurs capacités générales avant de se spécialiser. Le développement des compétences dispose du temps et de l’espace nécessaires pour s’ancrer. L’entraînement n’est pas précipité. Le volume et l’intensité progressent au fil des années, et non des saisons. Les résultats chez les juniors ne servent pas de critère de sélection.

Et c’est là que la plupart des systèmes échouent. On dit que le développement est important, alors on sélectionne tôt et on s’entraîne en conséquence. En Norvège, les championnats juniors ne sont pas des épreuves de sélection. Ils font partie du processus de développement. La culture renforce cette approche. Les clubs et les écoles se coordonnent pour que les athlètes puissent pratiquer plusieurs sports. Les athlètes passent régulièrement d’une discipline de ski à l’autre. La base de recrutement reste large, et le système reste résilient.

La Norvège n’a pas supprimé la sélection ; elle l’a simplement reportée et en a minimisé les conséquences. Cette distinction est importante. Ce que l’on qualifie de « talent » entre 14 et 16 ans est souvent le fruit d’une maturation précoce, d’un meilleur soutien ou d’une plus grande exposition, et non d’un potentiel à long terme. La Norvège évite ce piège en ne s’y laissant pas prendre. Alors que de nombreux autres systèmes s’y accrochent avec acharnement.

Un autre principe sous-tend tout cela : la santé des athlètes, physique et mentale, passe avant les résultats. L’entraînement est géré dans une optique de progression à long terme. Les charges d’entraînement augmentent progressivement au fil des ans. La haute intensité est contrôlée, et la faible intensité domine la majeure partie de l’entraînement. L’objectif est l’adaptation au fil du temps, et non l’accumulation à court terme.

L’article souligne également les pressions émergentes qui pèsent sur ce modèle. La hausse des coûts, l’évolution des tendances sociétales, la spécialisation précoce croissante et les changements dans les structures des équipes vont toutes à son encontre. Il ne s’agit pas de préoccupations théoriques. Il existe des pressions réelles qui peuvent éroder le système si elles ne sont pas gérées.

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Harald Oestberg Amundsen (NOR), Johannes Hoesflot Klaebo (NOR) et Einar Hedegart (NOR), (de gauche à droite) partagent le podium du 20 km style libre avec départ en ligne lors de la dernière Coupe du monde à Lake Placid (États-Unis) qui clôt la saison 2025/2026. (Photo : Modica/NordicFocus)

Alors, qu’est-ce qui reste ?

Nous ne pouvons pas copier la Norvège. Ce n’est pas la question. La leçon, c’est l’alignement. Aligner les incitations sur les résultats à long terme. Intégrer la science du sport dans l’entraînement pour améliorer le travail de l’entraîneur. Mettre en place des systèmes qui laissent aux athlètes le temps de se développer. Et tenir bon lorsque la pression à court terme commence à dicter les décisions.

De nombreux pays peuvent citer un athlète hors du commun. Mais si le succès dépend de cas exceptionnels, d’une résilience hors du commun, d’un soutien hors du commun, d’un talent hors du commun, vous n’avez pas de système. Vous avez des anecdotes. La Norvège produit de la profondeur, c’est-à-dire l’attente et la norme.

Il n’y a pas de secret ici. Ce qu’ils ont mis en place, c’est un système qui relie l’entraînement et la science, s’engage dans un développement à long terme, laisse de la place à une progression tardive et maintient une cohérence dans le temps. Ce n’est pas ce qu’ils font cette semaine ou la semaine prochaine, mais ce que les athlètes feront dans dix ans.

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