
Les responsables politiques norvégiens mènent depuis longtemps un débat animé sur le système fiscal du pays, et un bouleversement majeur semble se profiler à l’horizon. Voici comment les réformes proposées pourraient affecter vos finances, avec leurs avantages et leurs inconvénients à prendre en compte.
En décembre 2025, le gouvernement a nommé une commission fiscale chargée de formuler des recommandations en vue d’une réforme fiscale globale visant à maintenir un niveau d’imposition compétitif pour les entreprises norvégiennes et à parvenir à un large consensus politique.
Après six mois de travaux, la commission a présenté, le 24 juin, ses conclusions finales et ses recommandations concernant les modifications à apporter au système fiscal norvégien.
Si elles sont adoptées par le Storting, ces propositions constitueraient la réforme fiscale la plus importante menée par la Norvège depuis des décennies, entraînant un redéploiement de jusqu’à 23 milliards de couronnes par le biais de baisses et de hausses d’impôts.
Le rapport va désormais faire l’objet d’une consultation publique afin de recueillir des avis avant que le gouvernement ne revienne devant le Parlement pour les négociations finales.
Voici un aperçu de ce qui pourrait changer pour vos finances.
Baisse de l’impôt sur le revenu
L’objectif principal de la Commission est de renforcer la main-d’œuvre en rendant le maintien dans l’emploi plus avantageux financièrement.
Pour y parvenir, elle propose une réduction de 11,7 milliards de couronnes de l’impôt sur le revenu des salaires en ajustant les cotisations sociales. Ces cotisations sont des prélèvements obligatoires sur les salaires, les retraites et les revenus d’entreprise qui financent le régime national d’assurance.
Elle recommande également d’augmenter l’abattement personnel de 10 000 couronnes, une mesure qui réduirait les recettes totales de l’impôt sur le revenu de 8,5 milliards de couronnes.
L’abattement personnel est le montant de base fixe et exonéré d’impôt dont bénéficient tous les résidents norvégiens avant le calcul de l’impôt sur le revenu.
Pour le salarié moyen, cela se traduit par un allègement fiscal annuel compris entre 1 600 et plus de 9 000 couronnes, en fonction du revenu brut. Les personnes gagnant moins de 179 200 couronnes ne verraient aucun changement.
Par exemple, si vous gagnez entre 323 800 et 408 200 couronnes, vous bénéficierez d’un allègement fiscal annuel d’environ 3 000 couronnes.
Si vous gagnez entre 408 200 et 490 800 couronnes, vous bénéficieriez d’un allègement fiscal d’environ 3 400 couronnes.
Baisse de l’impôt sur la fortune
L’impôt sur la fortune est l’un des sujets les plus controversés en Norvège, car ce pays reste l’un des rares à le maintenir.
L’impôt sur la fortune est un impôt prélevé sur le patrimoine net d’une personne (actifs totaux moins dettes) et s’applique actuellement à environ 14 % des contribuables norvégiens.
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La Commission fiscale propose de réduire le produit total de l’impôt sur la fortune de 25,2 milliards de couronnes au maximum, en introduisant un nouveau taux réduit compris entre 0,25 % et 0,75 %. Actuellement, les particuliers dont le patrimoine dépasse 1,9 million de couronnes paient 1 %, tandis que ceux dont le patrimoine dépasse 21,5 millions de couronnes sont imposés à 1,1 %.
Cette recommandation a déjà suscité une vive opposition politique, les détracteurs y voyant une réduction d’impôt massive en faveur des plus fortunés.
Toutefois, la Commission propose également de supprimer les abattements d’évaluation actuels (verdivurderingsrabatter), qui permettent aux contribuables de déclarer une valeur imposable inférieure pour les actions et les actifs d’exploitation.
En conséquence, la réduction d’impôt effective pour certaines personnes fortunées pourrait être inférieure à ce que laissent supposer les nouveaux taux.
Impôt sur les logements et les chalets
Pour compenser ces baisses significatives de l’impôt sur le revenu et de l’impôt sur la fortune, la Commission suggère de lever des fonds en modifiant le mode d’évaluation des biens immobiliers.
Selon ces nouveaux projets, les biens immobiliers résidentiels et les résidences secondaires (hytter) seraient évalués à des fins fiscales à un niveau plus proche de leur valeur de marché réelle, au lieu des valeurs historiques inférieures actuellement utilisées.
Pour les résidences principales, elle propose une déduction de base maximale de 7 millions de couronnes, bien que les responsables politiques puissent choisir de la ramener jusqu’à zéro.
Mais, en fin de compte, le niveau auquel ce seuil sera fixé, parallèlement à la réforme plus large de l’impôt sur la fortune, aura un impact considérable sur les propriétaires immobiliers.
Deux scénarios seraient envisageables.
Par exemple, dans un scénario de faible imposition calculé avec un taux d’impôt sur la fortune de 0,25 % et une déduction de base de 7 millions de couronnes, une résidence d’une valeur de 12 millions de couronnes entraînerait une charge fiscale annuelle de 12 500 couronnes.
Si les responsables politiques s’accordaient sur un taux de 0,75 % et supprimaient totalement l’abattement de base, la charge fiscale pour cette même résidence de 12 millions de couronnes grimperait en flèche pour atteindre 90 000 couronnes.
Remarque : ces calculs partent du principe que vous disposez d’autres actifs nets d’au moins 2 millions de couronnes, et que toute dette hypothécaire en cours serait toujours déduite de votre patrimoine imposable.
Pour les résidences secondaires, un alignement sur les valeurs de marché pourrait générer 2,5 milliards de couronnes supplémentaires de recettes au titre de l’impôt sur la fortune.
De plus, la Commission recommande de supprimer l’exonération actuelle qui permet de réaliser des plus-values non imposables lors de la vente d’une résidence secondaire détenue depuis longtemps ; à la place, les bénéfices tirés de la vente de chalets deviendraient entièrement imposables, tandis que les pertes seraient déductibles.
Mettre fin à la spéculation immobilière exonérée d’impôt
Actuellement, en Norvège, les investisseurs immobiliers résidentiels peuvent occuper un bien loué pendant seulement un an, puis le revendre en bénéficiant d’une exonération fiscale totale.
La Commission entend renforcer ces règles afin de réduire la spéculation immobilière à court terme.
Selon la nouvelle proposition, il faudra avoir occupé le bien pendant au moins trois des cinq dernières années pour pouvoir bénéficier d’une vente exonérée d’impôt. Cette mesure vise à mettre un terme à la « revente rapide » de logements.
Augmentation des impôts pour les retraités
Dans ce qui ne manquera pas d’être une mauvaise nouvelle pour les retraités, la Commission propose de relever de 62 à 67 ans l’âge minimum requis pour bénéficier des abattements fiscaux sur les pensions.
Cet avantage consiste en un allègement fiscal spécifique qui permet aux retraités de payer moins d’impôts sur leurs revenus de retraite que les salariés actifs.
Dans le cadre de ce nouveau projet, les personnes ayant pris une retraite anticipée perdraient cet allègement fiscal, l’objectif étant d’encourager les salariés plus âgés à rester plus longtemps sur le marché du travail.
Si cette mesure était mise en œuvre, près de 65 000 retraités pourraient subir une hausse d’impôt de plus de 10 000 couronnes par an, l’augmentation moyenne étant estimée à environ 23 000 couronnes.
Pour faciliter la transition, la Commission propose une mise en œuvre progressive, en relevant la limite d’âge d’une année à la fois. Cette approche permettrait de protéger les retraités actuels et d’offrir aux plus jeunes des incitations plus claires à continuer de travailler.
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Hausse de la TVA sur la culture, le camping et Airbnb
Afin de compenser les pertes de recettes liées aux baisses d’impôt sur le revenu, la Commission a également proposé d’augmenter la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) de 12 % à 15 % sur la location de chambres, les emplacements de camping, la location de chalets, le transport de passagers et les événements culturels.
Les consommateurs en ressentiront directement les effets à travers une hausse du coût des voyages, lors de la réservation d’un hôtel ou d’une sortie au concert.
Ces hausses de TVA devraient générer environ 6 milliards de couronnes de recettes supplémentaires pour l’État.
Les autorités envisagent également d’augmenter le taux de TVA applicable aux locations de vacances de courte durée réservées via des plateformes numériques telles qu’Airbnb et Booking.com.
Taxe au kilomètre pour les voitures
La Commission recommande d’étudier la mise en place d’une nouvelle taxe au kilomètre destinée à remplacer les taxes actuelles sur l’assurance automobile et sur les carburants.
Cette redevance au kilomètre s’appliquerait de manière égale à tous les véhicules, sans distinction entre les voitures électriques et celles fonctionnant aux énergies fossiles.
Dans le cadre de ce système, plus vous roulez sur les routes norvégiennes, plus vous payez.
Mises à jour concernant l’impôt de sortie
La Commission fiscale n’est pas parvenue à un accord unanime sur la manière dont l’impôt sur l’expatriation (dit « impôt de sortie »), sujet à controverse, devrait être restructuré pour les particuliers transférant leur patrimoine hors de Norvège.
Toutefois, une majorité s’est mise d’accord sur plusieurs principes clés visant à adapter le cadre réglementaire.
Selon ces lignes directrices, le taux d’imposition sur les dividendes perçus d’une société norvégienne après un départ à l’étranger serait temporairement réduit de 70 % à 37,84 % jusqu’au paiement intégral de la dette au titre de l’impôt de sortie.
La majorité recommande d’introduire une exonération claire de l’impôt de sortie pour les travailleurs étrangers qui ne résident qu’à titre temporaire en Norvège.
La proposition prévoit également l’octroi de déductions fiscales si la valeur des actions baisse dans les trois ans suivant le départ du pays.
Enfin, la commission estime que la règle controversée des « 12 ans » doit être maintenue. Cela signifie que la dette fiscale envers la Norvège au moment de l’émigration, majorée des intérêts courus, doit être acquittée dans un délai de 12 ans, que les actions aient été vendues ou non.
Qu’est-ce qui reste inchangé ?
Malgré les spéculations, la Commission a explicitement déclaré qu’elle ne souhaitait pas réintroduire un impôt national sur les successions, qui avait été aboli en 2014.
En outre, elle a recommandé de maintenir le taux d’imposition des sociétés à son niveau actuel stable de 22 %.
Passionnée par la culture nordique, par la nature, par l’écriture, voici que j’ai réunie mes passions dans ce site où je vous partage mes expériences et mes connaissances sur la Norvège spécialement. J’y ai vécu 2 ans entre 2015 et 2017, depuis les décors me manque, la culture me manque. Bonne lecture.
